Cérémonie d’hommage à Jean Zay

La cérémonie d’hommage à Jean Zay  s’est déroulée mardi 23 juin 2020, à la carrière des Malavaux, près de Cusset, sur les lieux de son assassinat le 20 juin 1944, par des miliciens.

En présence des deux filles de Jean Zay, Madame Le Sous- Préfet de Vichy et Mr Blethon, président du Comité en l’honneur des 80 et des passagers du Massilia, ont rappelé le rôle de Jean Zay et le sens de son engagement.

Accusé de « désertion en présence de l’ennemi », Jean Zay est condamné le 4 octobre 1940 par le tribunal militaire permanent de la XIIIe région militaire de Clermont-Ferrand à la peine la plus lourde prévue par le Code de Justice militaire,  la déportation à vie et la dégradation, soit la même peine que la capitaine Dreyfus. Les circonstances ne permettant pas d’organiser cette déportation selon les modalités prévues par l’article 17 du Code pénal, il est détenu à la prison militaire de Clermont-Ferrand, puis au fort Saint Nicolas à Marseille ; son cas est transféré de la justice militaire à la justice civile qui décide par un décret du 24 décembre 1940, confirmé par le Conseil d’Etat le 12 février 1941 de créer, spécifiquement pour lui,  à la maison d’arrêt de Riom « une maison de détention » dans l’ancienne salle d’école de la prison, au rez- de -chaussée.  Jean Zay est le seul politique retenu dans la maison d’arrêt de Riom, pendant trois ans et demi.

A tous égards, la condamnation, puis les conditions d’emprisonnement sont exorbitantes et de toute évidence fondées sur des considérations politiques. Jean Zay est à la fois parlementaire et militaire et en septembre 1939 a fait le choix de participer au combat, comme sous-lieutenant de l’Etat-Major du train de la IVe armée. Aussi, lorsque le 19 juin, il décide de ne pas rejoindre  son cantonnement, c’est pour rallier Bordeaux, où se sont repliés le gouvernement et les Chambres, dont il est membre, et ce alors  qu’un plan de transfert en Afrique du Nord est envisagé par les autorités. Il embarque donc sur le Massilia, parce qu’il considère, comme d’autres, que la sauvegarde de l’Etat est désormais l’urgence première. Ce qu’il ignore, c’est qu’entre temps, le gouvernement a abandonné toute idée de transfert et fait des passagers du Massilia, des « traitres «  et des « déserteurs ».

Bien au-delà de ces accusations qui ne sont que des prétextes, il s’agit bien d’un verdict politique. Les autorités de « l’Etat français » condamnent et emprisonnent  un opposant politique qui est aussi un symbole du Front Populaire dont il fut ministre de l’Education et des Beaux-arts, initiateur de la politique en faveur de la jeunesse, franc- maçon, juif par son père, désigné comme belliciste en raison de son engagement dans une attitude de résistance aux exigences allemandes dans les années d’avant-guerre. Autrement dit, l’une des incarnations les plus abouties de l’idée républicaine, fondée sur l’héritage des Lumières, soit l’antithèse des autorités qui se mettent en place en juin et juillet 1940.

Le 20 juin 1944, après presque quatre années d’emprisonnement, souvent d’isolement seulement rompu par les visites de ses proches et de quelques amis, dont son avocat, Alexandre Varenne, Jean Zay est extrait de la prison de Riom par trois miliciens qui se présentent à  lui comme des résistants venus le libérer. Ces miliciens, Millou, Develle et Cordier l’exécutent au lieu-dit Les Malavaux, aux limites des communes de Molles et de Cusset (Allier)  et jettent son corps dans une faille, dite du Puits du Diable. Ce n’est qu’en 1946 que son corps sera retrouvé puis identifié en 1947.

Le 5 juillet 1945, la Cour d’appel de Riom réexamine le dossier de Jean Zay et proclame que « les poursuites intentées contre le sous-lieutenant Jean Zay ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annule donc le jugement du 4 octobre 1940, et Jean Zay est réhabilité à titre posthume. En avril 2015, il entre au Panthéon.

 

 Bibliographie :

  • Jean Zay Souvenirs et solitude, Belin, coll. « Poche », 2011.
  • Gérard Boulanger, L’affaire Jean Zay : la République assassinée Calmann-Lévy, 2013.
  • Olivier Loubes Jean Zay, l’inconnu de la République, Armand Colin, 2012.
  • Pascal Ory et Antoine Prost Jean Zay, le ministre assassiné (1904-1944), Canopé/Tallandier, 2015.

Jean Zay, un crime français, documentaire de Catherine Bernstein et Dominique Missika, 53 min Les films de l’Aqueduc/France Télévisions/CNRS Images